experience,competence,connaissance

5 ans d’expérience minimum… wait, what?

Le 16 août 2011 par Maxime dans Entrepreneuriat.


Ah, l’expérience… Si on voulait satisfaire tous les recruteurs, il faudrait avoir 10 années de pratique dans tous les domaines. Tout en étant jeune, dynamique et motivé. Rien de bien méchant, non ? Soyons sérieux deux minutes et examinons le pourquoi du comment. Qu’est-ce que l’expérience, et comment devrions-nous la mesurer ?

L’expérience se compte en années

Ah bon ?
On mesure la force d’un homme par le poids ou la taille qu’il fait ? On mesure la valeur d’une œuvre par le temps de création ? Non. La quantité importe peu, c’est la qualité (des muscles de l’homme ou du génie de l’artiste dans notre cas) qui va faire la différence. Alors comment pourrait-on mesurer l’expérience en années ?

Retournons à l’étymologie du mot. Experientia, mot latin signifiant « l’épreuve, l’essai, la pratique ». Par extension, on nomme expérience les enseignements que nous a fourni l’analyse de ces épreuves. Tirer les leçons de ce que l’on a déjà vécu, pour améliorer la gestion des évènements futurs. Avoir de l’expérience, c’est donc avoir de la connaissance. Aucun rapport direct avec un nombre d’année. Certes, un senior qui a 20 ans d’ancienneté derrière lui a bien plus de chance d’avoir davantage d’expérience que le jeunot qui est là depuis 6 mois ; cela dit entre 20 ans à dormir, ou 6 mois à se donner à fond, sur qui parieriez-vous ?

Je ne vais pas vous sortir le couplet du « Faut bien commencer », je comprends tout à fait les recruteurs qui cherchent un profil expérimenté. On ne peut parfois (souvent ?) pas se permettre d’engager un débutant que l’on va devoir former, en particulier dans les domaines à fortes compétences. C’est le cas de la conception web, et je n’envisagerai moi-même certainement pas de recruter quelqu’un qui ne serait pas immédiatement opérationnel, excepté pour un stagiaire qui est justement là pour acquérir l’expérience qui lui permettra d’être embauché.
Simplement, il faut se focaliser sur les connaissances accumulées, plutôt que les années écoulées. Mozart a composé ses premières œuvres à 6 ans, pas besoin pour lui d’attendre que les années passent, sa mémoire eidétique lui a conféré toutes les connaissances nécessaires.

experience et competence

Comment calculer les connaissances ?

Deux choses sont importantes pour recruter une personne efficace : les compétences et l’expérience, que nous appellerons ici connaissances pour ne pas confondre avec l’erreur d’interprétation que font beaucoup avec l’ancienneté.

La compétence, c’est par exemple de savoir intégrer une maquette en html, quand la connaissance, cela sera de savoir qu’il faut éviter telle ou telle syntaxe pour que cela passe sous Internet Explorer. L’un ne va pas sans l’autre pour être totalement opérationnel.
Personnellement, j’ai de l’expérience en intégration. Cela ne veut pas dire que j’ai plus de compétences qu’un autre développeur, mais simplement parce que j’intègre 5 jours par semaine pour mon agence web, et que je lis beaucoup sur le sujet, si bien que les optimisations front-end n’ont plus beaucoup de secrets pour moi. J’ai pu donc expérimenter des tas de choses, en peu de temps. A vrai dire, avec beaucoup de travail, de remise en question et de motivation, cela peut même aller très vite : je rigole quand je vois un code que j’ai tapé il y a quelques mois !

Entretien d'embaucheJe fais souvent le parallèle entre ces deux notions et l’intelligence et la culture. Et on ne mesure certainement pas la culture en année, n’est-ce pas ?
Les connaissances se doivent donc d’être calculées de la même manière que la culture. Ne regardez pas l’ancienneté, prenez plutôt le temps de tester le postulant qui se trouve en face de vous. Par un entretien, par un questionnaire, par des épreuves. Ecoutez ce que le candidat a à dire et à apporter à votre entreprise.

En a-t-on vraiment besoin ?

Dans la plupart des boulots, il n’y a pas forcément besoin d’un bac+8 et ni d’un savoir-faire nécessitant 20 ans d’expérience pour s’en sortir. Messieurs les recruteurs, arrêtez de mettre des barrières à l’ancienneté juste pour vous faciliter le tri. Ce n’est certainement pas une bonne méthode, vous perdrez de nombreuses candidatures intéressantes dans le processus. Soyez certain qu’un jeune passionné en connait bien plus qu’un vétéran lassé.

Pour reprendre l’exemple de la conception web, notre agence utilise des technologies comme Nginx, Ruby On Rails, jQuery, HTML5… Il y a quelques années, rien de tout cela n’existait. Quant aux dernières versions, elles datent de quelques mois. 5 années d’expérience sur quelque chose qui n’a que quelques mois, mmh ?
Il suffit de peu pour appréhender et maitriser la plupart des compétences professionnelles.

experience professionnelle

Aussi, à moins que votre turnover soit aussi long que l’espérance de vie d’une mouche, vaut-il mieux une personne ayant un certain nombre de connaissances, ou quelqu’un susceptible d’en engranger rapidement ? En reprenant la comparaison avec la culture, vaut-il mieux quelqu’un de cultivé ou de curieux ? Les deux bien sûr, mais à choisir, la deuxième option vous ravira certainement davantage. L’expérience, aussi grande puisse-t-elle être, reste une quantité finie. La curiosité, la générosité, la perspicacité ou encore la facilité d’adaptation sont autant de qualités qui fournissent un potentiel infini.

Fiez-vous à des valeurs humaines plutôt qu’à un bout de papier. Oubliez les CV, ou alors ne regardez que la forme (pour un graphiste par exemple), et préférez les lettres de motivations ou autres formats où le candidat pourra clairement se démarquer par sa personnalité et son ambition. Peu importe le cursus, le diplôme, l’expérience professionnelle, demandez-leur ce qu’ils ont envie, où ils veulent aller, pourquoi, comment.
On ne recrute pas un profil, on recrute une personne.

Crédit Photo : Stockvault. Dessins : J.M. Ucciani et Gérard Matthieu.


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Vos commentaires sur 5 ans d’expérience minimum… wait, what?

(10) experience,competence,connaissance - Réagissez !
rivsc

16 août 2011 à 10 h 55 min

Pourvu que les recruteurs lisent ce post !

« Nginx, Ruby On Rails, jQuery, HTML5… » ouai c’est bien ça !


Raphaël Tournaire

16 août 2011 à 11 h 43 min

Le message est bon.
Le potentiel d’un candidat et bien plus important que sa capacité immédiate.

Bonne journée.


Dario Spagnolo

16 août 2011 à 20 h 47 min

I just wanted to thank you a lot more for this amazing web page you have created here. bla bla bla [...]

Plus sérieusement, je suis tout à fait d’accord avec toi Maxime ! Les postulants avec finalement peu d’années d’expérience ne sont pas vraiment plus désavantagés que les « dinosaures », surtout quand on leur donne la possibilité de prouver leurs compétences dans des conditions aussi proches que possible de la réalité (shameless plug : http://test.moon-websites.com/).

Jeunes postulants ne vous découragez donc pas ! Mais par contre, je ne dirais jamais assez l’importance de travailler sur des projets personnels concrets, visibles et appréciables par un recruteur pendant votre formation (qu’elle soit dispensée par un organisme ou en autodidacte). Contribuer à un projet libre est par exemple une excellente idée. D’ailleurs, en ce moment, on recherche des designers web bénévoles pour la refonte du site ubuntu-fr.org : http://blog.yoboy.fr/post/2011/08/Cherche-designers-web-b%C3%A9n%C3%A9voles.

Tiens, j’y pense, c’est drôle que juste hier soir, devant votre dîner thaïlandais consommé à la table de réunion de la rue Mandar, Thomas et toi m’ayez presque fait parler de mon projet « top secret » :) Il est en lien étroit avec le sujet de ce billet… Stay tuned !


Maxime

16 août 2011 à 23 h 24 min

Ahah, on attend avec impatience ton projet secret ! En attendant, on prépare les nôtres ;)

Et loin d’être un shameless plug, tu as tout à fait raison de placer ton lien, j’ai même hésité à le mettre dans l’article, ta plateforme de test est le genre d’initiatives à développer pour mettre en valeur les compétences réelles des candidats.


Alain Mevellec

17 août 2011 à 0 h 52 min

Votre billet est bien écrit, mais il omet une variable importante de l’expérience : celle acquise des erreurs.

Typiquement, si vous êtes développeur, vous ferez au début des erreurs. Si vous êtes un bon développeur, vous ne les répéterez pas. Si vous êtes un très bon développeur, vous créerez vos propres patterns qui rendront les erreurs impossible.

Le point, c’est que l’expérience, surtout dans le domaine du développement, joue un rôle énorme dans la courbe d’apprentissage.

C’est comme quand vous dites « Il y a des nouvelles technos toutes les semaines ». Certes, mais elles s’acquièrent d’autant plus vite avec une bonne connaissance du shell ou de la POO.

Je ne prétend pas que ça s’applique à tous les métiers, mais dans celui de développeur, l’expérience et les démos sont critère essentiel pour recruter.

Mais attention, il peut se produire l’effet inverse, le gamin passionné de web qui pige vite, est agile et sait vite s’intégrer. Cependant il lui faudra des années avant d’atteindre le niveau de vrai Jedi (notre CTO en fait).

Disclaimer : je suis un des fondateurs de myFacture et nous employons 3 développeurs


Maxime

17 août 2011 à 9 h 05 min

Bien sûr qu’il faut engranger les erreurs pour se perfectionner, mais n’est-il pas possible, comme le proposait Dario, d’avoir acquis une certaine connaissance au travers de projets libres, d’expérience personnelle, sans avoir 10 ans de profession derrière soi ?
Moi-même qui ait commencé très tard (18 ans) par rapport à d’autres concepteurs web, je suis pourtant aujourd’hui aguerri sur de nombreux points et dirigeant d’une agence, alors que je ne suis pas beaucoup plus vieux ! Simplement, je me suis investis dans des projets d’entreprises comme des projets perso à longueur de journée, à toujours chercher, chercher, chercher au lieu de me contenter de ce que je sais.


Identitools

21 août 2011 à 21 h 42 min

Oh bord… comme je suis d’accord avec cet article, bien vu !
« Oubliez les CV, ou alors ne regardez que la forme (pour un graphiste par exemple) »
C’est d’ailleurs pour ça que sur le mien j’ai brisé quelques « règles/conventions » ;)


Julien S.

4 septembre 2011 à 14 h 10 min

Article très intéressant. Ce que vous dites semble logique d’un point de vu « censé », mais ce n’est malheureusement pas le cas pour la plupart des employeurs.
La remarque sur l’expérience acquise à partir de nos erreurs est également un point à ne pas négliger, car c’est souvent de là qu’on apprend le plus ! (Au sens large, c’est-à-dire des erreurs que l’on fait ou de celle de nos collègues/amis qui nous font part de leurs « gourdes »).


Jokerplus

16 septembre 2011 à 9 h 14 min

Je suis à 200% pour l’idée qui se dégage de l’article mais malheureusement c’est de l’utopie.

J’ai appris récemment certains trucs sur les employeurs qui expliquent l’absurdité de leur demandes :
1.Ils reçoivent beaucoup de CV et LM, il faut donc trier => peu de temps pour la réflexion à savoir si on laisse la chance à un profil prometteur, raison pour laquelle un CV affichant direct dans le titre le nombre d’années d’expérience deviendra une top priorité.
2.Ils ne veulent pas prendre de risque, ils vont donc privilégié quelqu’un ayant de l’expérience pour le poste à promouvoir versus un candidat qu’il faudrait éventuellement former.
3.Selon le secteur les employeurs méprisent les candidats postulants pour un poste dans lequel ils n’ont aucune expérience professionnelle…ça parait insensé mais c’est comme ça que fonctionne notre belle société…


Maxime

16 septembre 2011 à 13 h 09 min

Je ne me prononcerais pas sur tous les coeurs de métiers, mais en conception web, ce n’est pas de l’utopie. Je peux voir tous les jours que des mastodontes, grosses agences, gros dev senior expérimenté qui a participé aux plus grands projets du web, ou encore des graphistes fabuleux qui ont travaillés 10 ans avec toutes les maisons de haute coutures blablabla…. fournir une piètre qualité.

Dans le milieu de l’internet, cela va simplement trop vite pour que les stars d’hier soit has been aujourd’hui. On était tout fiers il y a quelques années de faire des design « web 2.0″, les (bons) designers d’aujourd’hui sont bien conscients que les dégradés bourrins ne sont pas la meilleure façon de mettre en valeur un contenu sur le web. Il n’y a que le présent qui compte, la capacité à s’adapter sera alors bien plus importante que le savoir acquis au fil du temps.

Personnellement :
1. Je ne regarde pas le niveau d’études ni l’age sur un CV. Je regarde le book, ce qu’il a fait, ce qu’il sait faire.
2. C’est vrai qu’on préfère prendre quelqu’un qui peut être opérationnel immédiatement. Mais pour moi, on peut très bien être opérationnel à 20 ans.
3. C’est pour ça que j’écris ce genre d’article ;)


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